Avis : Le Hobbit 2, La désolation de Smaug
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Déc16

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Avis : Le Hobbit 2, La désolation de Smaug

Un an après la première partie, la suite du Hobbit sort enfin sur nos écrans et vient démonter que 300 pages n’offrent pas forcément de quoi faire 3 bons films de deux heures trente. A force de rajouts et de grand spectacle, Peter Jackson se serait-il égaré quelque part dans les Terres du Milieu ?

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Attention, cette chronique contient pas mal de spoilers….

Ces imbéciles d’aigles potes de Gandalf étant incapables de se repérer sur une carte, ils ont laissé les 13 nains, Bilbo et Gandalf bien loin du Mont Solitaire, en tout cas suffisamment loin pour les faire crapahuter une fois de plus dans des coins malfamés de la Terre du Milieu. Pour se second film, la fine équipe va donc devoir passer par les Terres de Beorn, la forêt de Mirkwood et Lacville. Franchement, c’était pourtant pas loin à vol d’oiseau mais c’est une autre paire de manches à pattes, surtout sans poneys.

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Passé une séquence introductive flashback qui vient un peu artificiellement poser les enjeux du film, la compagnie commence mal avec une troupe d’orcs aux basques. Et ils vont donc trouver refuge chez Beorn, un grand bonhomme qui peut se transformer en ours. On en verra pas grand chose, si ce n’est qu’en humain il a le même maquilleur que les seconds rôles de Xena. Bref, une séquence qui ne sert pas à grand chose.

Les affaires sérieuses débutent réellement pour la sombre forêt de Mirkwood, sans doute un peu trop vite expédiée. Les araignées géantes font leur petit effet et viennent confirmer que Peter Jackson adore travailler en vertical sans que ses personnages ne souffrent jamais des conséquences de leurs chutes. Ce passage est bien mené et débouche sur une rencontre avec des elfes des bois, encore plus crâneurs et antipathiques que les autres spécimens des Terres du Milieu.

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Au premier rang de ces elfes, on retrouve le blond Legolas qui a sans doute mangé tout son stock de pain elfique et Tauriel, un nouveau personnage totalement inventé qui a le triple avantage d’être elfe, rousse et ressembler à Evangeline Lily (la fille de Lost qui quittait Jack pour Sawyer et vice-versa à chaque épisode).  Si en soi le personnage et les péripéties qui lui sont liées (en gros une romance) sont pas trop mal traités, le coté artificiel de cet ajout se fait malheureusement trop sentir, d’autant plus que Tauriel a un petit faible pour….Legolas.

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L’ephelfbe (superbe néologisme non ?) n’a non seulement rien à faire dans ce récit, mais il vient l’alourdir en faisant trop de fan service. Peter Jackson semble vouloir rentabiliser son Manuel Complet des Elfes pour Donjons & Dragons 2e édition tant l’elfe est mis en valeur dans des morceaux de bravoures superflus. Déjà abusé dans le Seigneur des Anneaux, Legolas est encore plus monstrueux que dans les films précédents. C’est problématique car non seulement c’est totalement hors propos, mais ça relativise beaucoup trop la menace sur les Terres des Milieux.

Si Legolas (et dans une moindre mesure sa comparse aux oreilles pointues Tauriel) arrive à dézinguer des troupeaux d’orcs à lui seul, on se demande comment les elfes, et donc les peuples libres des Terres du Milieu pourraient être un jour en danger. Autre problème, le personnage est finalement particulièrement antipathique. Qui plus est, ce bon vieux Orlando Bloom a pris dix ans, et sans doute autant de kilos depuis le Retour du Roi. Il a donc fallu le cacher numériquement ce qui lui donne un teint de dragqueen assez disgracieux. Et c’est sans parler de sa doublure numérique, aussi visible qu’une retouche photoshop par le régime nord-Coréen.

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L’omniprésence gênante de Legolas ne vient pas gâcher que la promo du film mais aussi l’une des scènes clé du bouquin : l’évasion de chez les elfes via une descente de rapides en tonneaux. Ici, elle s’accompagne du combat du duo Legolas/Tauriel contre des orcs, avec moults galipettes, numéros d’équilibriste et tir à la mitrailleuse à flèches. Si la scène est très fun et spectaculaire, c’est vraiment too much et sans doute hors propos. C’est d’ailleurs le moment où le film bascule d’une adaptation de bouquin à Peter Jackson se fait plaisir avec quelques décors des Terres du Milieu.

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Une bonne partie du film se passe dans LacVille. Et ce n’est pas forcément la meilleure. Outre un aspect décor bien trop perceptible, cette partie souffre elle aussi d’ajouts pas toujours bienvenus. C’est notamment le cas du personnage de Bard qui se voir affublé d’une famille un peu encombrante. Le traitement du personnage est un peu décevant tant on a l’impression de rencontrer un cousin de Ian Solo, contrebandier avec un bon fond. De la même façon, le maître de la ville se voir adjoindre un conseiller qui a de faux airs de Grima Langue de Serpent 2.0.

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Le clou du film, c’est bien sur ce qui se passe dans la montagne solitaire. Et là, le film souffle le chaud et le froid, sans mauvais jeu de mots avec la présence d’un Dragon. Smaug, car c’est de lui dont il s’agit est la satisfaction du film. Le dragon est un personnage à part entière, et sa confrontation avec Bilbo est réussie. Mais, et il y a un mais, l’affrontement avec les nains et lui bancal, pour ne pas dire grotesque. Ce n’est plus une séquence du Hobbit, mais du King Kong assez mal mené. Peter Jackson abuse de la même séquence d’action (déjà vue plusieurs fois dans le film) à base de glissages, sauts et suspensions dans le vide. C’est assez confus, et surtout donne l’impression d’être un quota de scènes d’actions nécessaire pour satisfaire le mangeur de pop corn yankee. Et bien sur, le film s’arrête sur un cliffhanger relativement abrupt, histoire de poireauter la bave aux lèvres jusqu’à l’an prochain.

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C’est bon, on a la clé. Vous pouvez faire rentrer les tigres, on va tout rafler à Fort Boyard cette année !

Attention, tout n’est pas à jeter dans ce deuxième opus, bien au contraire. Rien que Smaug vaut le détour, tant c’est la première fois qu’un dragon arrive à être aussi convaincant au cinéma. Par moments, la magie opère et dans l’ensemble le Hobbit 2 est un bon film d’aventure. Cependant, il s’est sans doute trop éloigné de Tolkien, en tout cas de la Terre du Milieu telle qu’on pouvait la percevoir dans la trilogie de l’anneau. On a parfois l’impression d’être dans une partie de Donjons & Dragons filmée avec des moyens plutôt que dans l’adaptation d’un bouquin.

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Autre point positif, enfin Gandalf fait de la magie ! Mieux, il résiste à appeler ses potes les aigles pendant tout le film. Bien sur, ses scènes sont un rajout qui sert surtout à faire le lien avec le Seigneur des Anneaux, mais ne voir papy le gris incanter est suffisamment rare pour s’en satisfaire.  Il va de soi que le découpage en 3 films était de trop, et ce second en montre les limites. Il y a du gras dans cet opus, et les rajouts font plus figure que de fan service (ou de marketing service) que de nécessités scénaristiques. C’est d’autant plus étrange que beaucoup de situations restent suspendues, ce qui laisse présager un troisième film dense, et donc potentiellement étouffant.

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Ce second Hobbit ne réitère donc pas la bonne surprise du premier épisode. C’est un bon film d’Heroïc Fantasy, sans doute un peu trop rentré dans le rang dans le ton et dans la forme par rapport à ses aïeux qui nous baladaient dans les Terres du Milieu. Pour l’instant, c’est sans doute le segment le plus faible des 5 films tolkienisants de Peter Jackson. Une fois de plus, il faudra néanmoins attendre la version longue et la fin de la trilogie pour se forger une opinion définitive.

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